Ici, on se tutoie : tu es dans le cours, pas sur la brochure.
À la fin de cette séance, tu décides ce qu'il faut figer avant d'appuyer sur F4 — et tu écris une grille de cent cases avec une seule formule.
Durée de la séance : 2 h 45 · Module 2 — Les références et les formules
Classeur : 04-references-exercice.xlsx — télécharge-le avant de commencer.
Ce que tu sauras faire à la fin
- Lire une référence et dire ce qui bougera quand tu la recopieras.
- Décider quoi figer en te posant deux questions, avant de toucher au clavier.
- Écrire une grille à double entrée entière avec une seule formule recopiée.
- Reconnaître les trois cas de référence mixte qui reviennent tout le temps en gestion.
- Nommer une cellule pour ne plus avoir besoin de la figer du tout.
1. Le problème, montré
Ouvre 04-references-exercice.xlsx, feuille Grille. Une table de multiplication vide : en
ligne 13 les nombres de 1 à 10, de B à K ; en colonne A, lignes 14 à 23, les nombres de 1 à
10 aussi. L'intérieur — cent cases — est vide.
Le réflexe normal, celui que tout le monde a la première fois : cliquer en B14 et écrire la
multiplication qu'on voit.
=A14*B13
C'est juste : A14 vaut 1, B13 vaut 1, la cellule affiche 1. Tu attrapes le petit carré en bas
à droite et tu tires vers la droite, puis vers le bas. Trois secondes. Voilà la première ligne.
| Case | B14 | C14 | D14 | E14 | F14 | … | K14 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Affiché | 1 | 2 | 6 | 24 | 120 | … | 3 628 800 |
| Attendu | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | … | 10 |
Arrête-toi trente secondes sur ce tableau. Les deux premières cases sont justes, et c'est ça qui
rend l'erreur dangereuse. Si la première avait affiché #VALEUR!, tu aurais su tout de suite. Là, tu
vois deux bons résultats et tu passes à autre chose.
Regardons ce qui a bougé, cellule par cellule.
| Cellule | Formule réellement dedans | Ce qui s'est passé |
|---|---|---|
B14 |
=A14*B13 |
celle que tu as tapée |
C14 |
=B14*C13 |
les deux références ont glissé d'une colonne |
D14 |
=C14*D13 |
elles ont glissé d'une colonne de plus |
B13 est devenu C13, puis D13 : ça, tu le voulais. Le multiplicateur doit changer quand on va
vers la droite. Mais A14 est devenu B14, puis C14. Et B14, c'est la case juste avant, celle
qui contient déjà un résultat. Chaque case multiplie donc le résultat de sa voisine au lieu du
nombre de la colonne A. En K14, tu lis 3 628 800 au lieu de 10. Une ligne plus bas, même scénario :
B15 affiche 2 et C15 affiche 4, tous deux justes, puis D15 affiche 24 au lieu de 6.
Tu n'as rien fait de faux. Tu as écrit une formule juste et tu l'as recopiée. Ce qui manque, c'est une information que personne ne donne : ce qu'Excel fait à une référence quand on la recopie.
2. Le principe, en une seule phrase
Quand tu recopies une formule, ses références se déplacent d'autant de lignes et de colonnes que la
formule elle-même. Le $ empêche ce déplacement. Rien de plus.
Relis-la. Il n'y a rien d'autre à comprendre dans cette fiche. Le reste, c'est de l'entraînement à décider.
Excel ne retient pas « la cellule A14 ». Il retient un chemin : « une colonne à gauche, même
ligne ». Déplace la formule d'une colonne à droite, il refait ce chemin depuis le nouveau point de
départ et tombe une colonne plus loin. C'est une référence relative. Le $ transforme ce chemin
en adresse fixe.
Le $ retient ce qui le suit immédiatement — $A retient la colonne A, $14 retient la
ligne 14. C'est la phrase à mémoriser ; elle est écrite en toutes lettres en A38 de la feuille
Les 4 états. Le $ ne veut dire ni « important », ni « ne pas modifier » : il ne concerne que
la recopie. Une formule qu'on ne recopie jamais n'a aucun besoin de $.
3. Les quatre états d'une référence
Une référence a une colonne et une ligne. Chacune peut être figée ou libre. Deux choix binaires : quatre combinaisons. Pas cinq, pas trois.
Va sur la feuille Les 4 états. Les formules y sont déjà écrites : tu ne les tapes pas, tu les
lis. Lignes 13 à 16, une grille source de neuf nombres — B14:D14 vaut 1, 2, 3 ; B15:D15 vaut 4,
5, 6 ; B16:D16 vaut 7, 8, 9. En dessous, quatre blocs. Chacun part de la même cellule, B14,
écrite de quatre façons, puis recopiée sur trois lignes et trois colonnes.
[CAPTURE 1] — Les quatre blocs de la feuille Les 4 états, lignes 18 à 36, colonnes A à F. Cadrage serré sur les blocs et leurs libellés de colonne F, pas sur la fenêtre entière.
Bloc 1 — A1, rien n'est figé. Formule en B19 : =B14. Après recopie, C19 contient =C14
et D20 contient =D15. La grille source est recopiée à l'identique : 1 2 3 / 4 5 6 / 7 8 9. À
quoi ça sert : c'est l'état par défaut, et le bon dans l'immense majorité des cas — une colonne
« Total » qui fait quantité × prix ligne par ligne veut que tout descende avec elle.
Bloc 2 — $A$1, rien ne bouge. Formule en B24 : =$B$14. Après recopie, les neuf cellules
contiennent la même chose et affichent 1 neuf fois. À quoi ça sert : pointer une constante
unique — un taux de TVA, un taux horaire, un coefficient. C'est l'état le plus connu, et le plus
souvent utilisé à tort, par prudence.
Bloc 3 — A$1, la ligne est bloquée. Formule en B29 : =B$14. C29 contient =C$14 (la
colonne a bougé) mais B30 contient =B$14 (la ligne n'a pas bougé). La première ligne de la source
se répète vers le bas : 1 2 3 / 1 2 3 / 1 2 3. À quoi ça sert : lire une ligne d'en-tête. Tes
taux, tes mois, tes catégories sont sur une seule ligne en haut, et chaque colonne va chercher celui
qui est au-dessus d'elle.
Bloc 4 — $A1, la colonne est bloquée. Formule en B34 : =$B14. C34 contient toujours
=$B14 mais B35 contient =$B15. La première colonne se répète vers la droite : 1 1 1 / 4 4 4 /
7 7 7. À quoi ça sert : lire une colonne de référence placée à gauche — tes montants, tes
paliers, tes produits, et chaque ligne va chercher le sien.
| Écriture | Vers la droite | Vers le bas | On s'en sert pour |
|---|---|---|---|
A1 |
change | change | un calcul ligne à ligne |
$A$1 |
ne change pas | ne change pas | une constante unique |
A$1 |
change | ne change pas | lire une ligne d'en-tête |
$A1 |
ne change pas | change | lire une colonne de référence |
Note — si une cellule référencée est vide, la formule affiche
0. Ce n'est pas une erreur : Excel lit une cellule vide comme un zéro.
4. La méthode par l'intention
Voilà le cœur de la séance. Si tu ne devais retenir qu'une section, c'est celle-ci.
La plupart des explications sur $A$1 t'apprennent le geste : « appuie sur F4 pour figer la
cellule ». C'est vrai, et c'est inutilisable. La question qui te bloque devant ton écran n'est pas
comment figer. C'est quoi figer. Aucune touche ne répond à ça.
Les deux questions
Avant d'écrire un seul $, avant même de penser à F4, tu poses deux questions à voix haute.
Toujours les mêmes, toujours dans cet ordre :
- Quand je recopie cette formule vers la droite, est-ce que je veux que cette référence change ?
- Et quand je la recopie vers le bas, est-ce que je veux qu'elle change ?
Chaque réponse « non » pose un $. Le $ de la première question va devant la lettre de
colonne. Celui de la seconde va devant le numéro de ligne. Deux questions, deux $ possibles,
quatre combinaisons — les quatre états de la section 3. Et tu les poses pour chaque référence de la
formule, séparément : une formule à trois références demande six réponses, ce qui prend quinze
secondes et remplace vingt minutes de tâtonnement.
Trois raisonnements à voix haute
Fais-les avec moi, sur la feuille Grille.
Raisonnement 1 — le multiplicande, en colonne A.
Ma formule est en
B14. Elle multiplie le nombre de la colonne A par celui de la ligne 13. Le premier :A14. Vers la droite : est-ce que je veux queA14devienneB14,C14? Non. Toute la ligne 14 doit multiplier le même nombre, le 1 qui est enA14. Je fige la colonne. Vers le bas : est-ce que je veux queA14devienneA15,A16? Oui. La ligne 15 multiplie 2, la ligne 16 multiplie 3. Je ne fige pas la ligne. Résultat :$A14.
Raisonnement 2 — le multiplicateur, en ligne 13.
Deuxième référence :
B13. Vers la droite : est-ce que je veux queB13devienneC13,D13? Oui. La colonne C multiplie par 2, la colonne D par 3. Je ne fige pas la colonne. Vers le bas : est-ce que je veux queB13devienneB14,B15? Non. Toute la colonne B doit lire le même 1, celui de l'en-tête. Je fige la ligne. Résultat :B$13.
La formule complète, celle qui se trouve en B14 du corrigé :
=$A14*B$13
Deux références, deux $, mais pas au même endroit — et c'est exactement pour ça que le sujet
est difficile. Les deux $ ne sont pas symétriques : l'un tient une colonne, l'autre tient une
ligne. Une grille à double entrée, quelle qu'elle soit, demande toujours ce couple-là.
Raisonnement 3 — une constante, sur la feuille TVA.
En
B14de la feuille TVA, un seul nombre : le taux normal, 0,20. Ma formule enF17doit faire « montant HT × (1 + taux normal) ». Vers la droite : cette colonne est seule, mais je pose quand même la question. Non. Vers le bas : est-ce que je veux queB14devienneB15? Non.B15est vide, et une cellule vide vaut zéro : mes montants TTC deviendraient égaux aux montants HT sans que rien ne le signale. Deux « non » :$B$14.
Ce troisième cas dit quelque chose d'utile. $A$1 n'est pas l'état « sûr », c'est l'état d'une
constante.
La faute d'orientation
Beaucoup de gens, arrivés là, figent la mauvaise moitié : A$14 là où il fallait $A14. Le résultat
est cohérent, ne déclenche aucune erreur, et il est faux. Si ça t'arrive, tu ne seras ni la première
ni le dernier : c'est la confusion la plus répandue du sujet, et la cause est toujours la même — on
confond ce qui est figé avec la direction dans laquelle on recopie.
Le repère qui remet d'aplomb : tu figes la dimension dans laquelle ta donnée est rangée, pas celle dans laquelle tu recopies. Dis-le à voix haute en pointant l'écran : « mes montants sont dans une colonne, je fige la colonne ».
5. Les références mixtes, en entier
$A1 et A$1 sont les deux références mixtes : une moitié figée, une moitié libre. On les
survole partout, alors que ce sont elles qui servent tous les jours en gestion. Ton classeur en
contient trois cas, du plus scolaire au plus réaliste.
Cas 1 — La grille de multiplication (feuille Grille)
Le cas d'école, et il n'est pas là par nostalgie : c'est le squelette nu de tout ce qui suit. La
formule, en B14 :
=$A14*B$13
Écrite une fois, recopiée dans les cent cases. En K23, tout en bas à droite, elle est devenue
=$A23*K$13, soit 10 × 10 = 100. La colonne est restée A, la ligne est restée 13.
Ton contrôle : la première ligne doit se lire 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10. Si elle fait 1, 2, 6, 24, tu viens de reproduire le problème de la section 1 — et tu sais désormais pourquoi.
Cas 2 — Les commissions (feuille Commissions)
Même mécanique, vraie question de gestion. En ligne 13, de B à F, cinq taux : 1 %, 2 %, 3 %, 5 %, 8 %. En colonne A, lignes 14 à 21, huit paliers de chiffre d'affaires mensuel, de 5 000 à 150 000. Quarante réponses à produire. Une formule.
Les deux questions, en accéléré. Vers la droite, le chiffre d'affaires doit-il changer ? Non : sur
une ligne, c'est le même CA décliné à cinq taux, rangé dans une colonne — je fige la colonne.
Vers le bas, le taux doit-il changer ? Non : dans une colonne, c'est le même taux appliqué à huit CA,
rangé sur une ligne — je fige la ligne. La formule en B14 du corrigé :
=$A14*B$13
C'est mot pour mot celle de la grille de multiplication. Aucune différence de mécanique entre
multiplier 7 par 8 et calculer une commission de 3 % sur 20 000 € : même géométrie, même paire de
$. Le jour où tu vois ça, tu ne repasses plus une heure sur un tableau à double entrée.
Ton contrôle : en F21, la case en bas à droite, tu dois lire 12 000 — soit 8 % de 150 000. Il
se vérifie de tête, et c'est pour ça qu'on le choisit.
Cas 3 — La TVA (feuille TVA)
Le cas le plus riche, parce qu'il mélange deux logiques dans la même feuille — exactement ce qui
arrive dans un vrai fichier. La feuille contient un taux unique en B14 (le taux normal, 0,20) ;
quatre taux en ligne 16, de B à E (0,20 · 0,10 · 0,055 · 0,021) ; sept montants hors taxes en
colonne A, de 12,50 à 3 400,00, lignes 17 à 23 ; et en F16 et G16, deux colonnes à part, toutes
deux intitulées « TTC au taux normal ».
La grille, colonnes B à E. Même raisonnement que les deux cas précédents : le montant HT est
rangé en colonne, je fige la colonne ; les taux sont rangés en ligne, je fige la ligne. La formule en
B17 du corrigé :
=$A17*(1+B$16)
Les parenthèses ne changent rien à l'affaire des $ : 1+B$16 transforme un taux en coefficient
multiplicateur. En E23, la formule est devenue =$A23*(1+E$16).
La colonne F, et c'est là que ça devient intéressant. Elle ne lit pas la ligne des taux : elle
lit toujours la même cellule, B14, le taux normal isolé en haut de la feuille. Elle n'est
recopiée que vers le bas, et cette référence ne doit bouger dans aucune direction. Deux « non »,
deux $ :
=$A17*(1+$B$14)
Regarde la cohabitation : dans la même formule, $A17 est mixte et $B$14 est absolue. Une
formule n'a pas « un » type de référence : elle en a un par référence.
Ton contrôle : en F17, 12,50 × 1,2 = 15,00. En F22, 1 250 × 1,2 = 1 500,00. Deux
nombres ronds, vérifiables sans calculatrice. Si F18 affiche 49,90, c'est que ton $B$14 a glissé
vers B15, qui est vide — donc un taux de 0 %, donc TTC = HT. Le total sera faux et rien ne le
signalera. Le contrôle par nombre rond l'attrape en dix secondes.
La colonne G fait la même chose que la F, autrement. On y arrive en section 9.
[CAPTURE 2] — Feuille TVA du corrigé, cellule F17 sélectionnée, barre de formule affichant la
formule absolue. Cadrage serré sur la barre de formule et la plage A17:G18.
6. F4, maintenant seulement
Tu as remarqué qu'on a écrit trois formules justes sans jamais parler de F4. C'était voulu : F4 est un
accélérateur de frappe, pas une méthode. Elle t'évite de taper le caractère $, elle ne t'apprend
pas où le mettre.
Tu appuies sur F2 pour passer la cellule en modification, tu places le curseur dans la
référence, et tu appuies sur F4. Le cycle boucle :
A1 → $A$1 → A$1 → $A1 → A1 → ...
Quatre pressions te ramènent au départ ; si tu dépasses l'état voulu, continue d'appuyer. Et l'ordre
du cycle n'est pas anodin : la première pression donne $A$1, l'absolu — une seule touche. C'est
ce que les gens laissent, même quand il fallait une mixte, qui en demande deux ou trois. Voilà
pourquoi on voit tant de $A$1 inutiles dans les fichiers réels : ce n'est pas de l'incompréhension,
c'est de la paresse de doigt.
[CAPTURE 3] — Cellule B14 de la feuille Grille en cours de modification (après F2), curseur
placé dans la référence. Cadrage serré sur la cellule et la barre de formule uniquement.
Et ailleurs — Les quatre états s'écrivent avec le même
$dans LibreOffice Calc et Google Sheets, etF4y est confirmée comme raccourci de référence absolue. Sur Mac, la touche peut différer : aucun tableau officiel de correspondance n'a été trouvé, teste-la sur une cellule sans importance avant de compter dessus.
7. Ce que les tableaux rendent inutile
Souviens-toi de la fiche 02 et de Ctrl+L. Quand tes données sont mises sous forme de tableau,
une bonne partie des $ disparaît d'elle-même.
Dans un tableau, tu n'écris plus =D2*E2 mais une référence structurée, qui désigne la colonne
par son nom au lieu de sa lettre. Cette écriture ne se déplace pas quand tu descends : elle
désigne « la valeur de cette colonne, sur cette ligne », et reste vraie ligne après ligne. Rien à
figer, parce que rien ne glisse. Mieux : une formule saisie une fois se propage à toute la colonne et
aux lignes que tu ajouteras plus tard. Le problème de la recopie ne se pose plus, donc la question
du $ non plus.
Quand as-tu encore besoin de $, alors ? Trois cas. Les grilles à double entrée, comme les trois
de cette séance : une grille n'est pas une liste d'enregistrements, on ne la met pas sous forme de
tableau, et les mixtes y restent indispensables. Les constantes hors tableau : un taux, un seuil,
un coefficient posés dans une cellule à part — $A$1, ou mieux, un nom (section 9). Et la mise en
forme conditionnelle par formule, qu'on verra en fiche 16 : colorer une ligne entière selon la
valeur d'une seule colonne demande une référence mixte.
8. Entre feuilles, entre classeurs
Une référence peut désigner une cellule d'une autre feuille du même fichier. L'écriture ajoute le nom de la feuille et un point d'exclamation :
=TVA!$B$14
Le nom de la feuille précède, l'adresse suit, et les $ fonctionnent exactement pareil. Tu peux
commencer ta formule, cliquer sur l'onglet, cliquer sur la cellule : Excel l'écrit à ta place.
C'est la bonne façon de ranger un fichier : tes paramètres sur une feuille, tes données sur une
autre, tes calculs sur une troisième.
Les références vers un autre classeur existent aussi, avec le nom du fichier entre crochets. Et là, il faut être franc : c'est un piège, pour trois raisons qui se déclenchent toutes le même jour. Le lien dépend du chemin du fichier — on déplace le classeur source, on le renomme, et les formules cherchent un fichier qui n'est plus là. Les valeurs ne se mettent pas à jour toutes seules quand ce classeur est fermé, sans que rien à l'écran ne te le dise. Et tu ne peux plus envoyer ton fichier seul : celui qui l'ouvre voit une boîte de dialogue qu'il ne comprend pas.
La règle pratique : si deux fichiers doivent se parler tous les mois, mets les deux jeux de données dans un seul classeur, sur deux feuilles.
9. Nommer une cellule : la solution la plus lisible
Voilà la partie que presque personne n'enseigne, et c'est dommage : elle prend deux minutes à apprendre.
Une cellule peut porter un nom. Au lieu d'écrire $B$14, tu écris TauxTVA. Compare, sur le cas
réel de ton classeur : la colonne F contient =$A17*(1+$B$14), et la colonne G, qui calcule
exactement la même chose, contient ceci.
=$A17*(1+TauxTVA)
La seconde se lit : « le montant hors taxes, multiplié par un plus le taux de TVA ». La première
oblige à aller voir ce qu'il y a en B14. Dans six mois, c'est la différence entre relire son fichier
et le déchiffrer.
Le nom TauxTVA existe réellement dans le corrigé : il est défini et pointe sur TVA!$B$14.
Dans ta version d'exercice il n'existe pas encore — c'est toi qui le crées, en quinze secondes.
Sélectionne la cellule B14 de la feuille TVA, va dans la zone de nom (la petite case tout en
haut à gauche, qui affiche « B14 » en ce moment), tape TauxTVA et valide avec Entrée. Pour
retrouver ou modifier un nom plus tard : Formules > Gestionnaire de noms — cherche « noms », le
menu change de place selon les versions.
[CAPTURE 4] — La zone de nom, en haut à gauche, contenant TauxTVA, cellule B14 de la feuille
TVA sélectionnée et affichant 20 %. Cadrage serré sur la zone de nom et la barre de formule.
Trois choses à savoir : un nom n'a jamais besoin de $ — il ne se déplace pas à la recopie, il
est absolu par nature, et c'est pour ça qu'il remplace si bien $A$1 ; pas d'espace dans un nom —
Taux TVA est refusé, TauxTVA ou Taux_TVA passent ; le nom vaut pour tout le classeur —
depuis n'importe quelle feuille tu écris TauxTVA et ça marche, sans préfixe.
Quand nommer ? Dès qu'une valeur est un paramètre et pas une donnée : un taux, un seuil, une date
de référence. Si tu te surprends à taper $B$14 pour la cinquième fois, c'est le signal.
10. La démonstration, pas à pas
Le geste complet, du fichier vide au résultat vérifié. Compte huit minutes.
1. Feuille Grille, clique en B14. Ne tape rien encore : pose les deux questions de la
section 4. Deux « non » — je fige la colonne du multiplicande, la ligne du multiplicateur.
2. Tape l'égal, clique sur A14, appuie trois fois sur F4 : tu passes par $A$14, A$14,
et tu obtiens $A14. Tape l'astérisque, clique sur B13, appuie deux fois sur F4 : $B$13,
puis B$13. Tu dois lire ceci dans la barre de formule, puis valider avec Entrée :
=$A14*B$13
3. Resélectionne B14, attrape la poignée de recopie — le petit carré en bas à droite du cadre —
et tire jusqu'en K14 : la ligne se remplit de 1 à 10. La sélection B14:K14 toujours active, tire
la poignée jusqu'à la ligne 23. Les cent cases se remplissent d'un coup.
4. Les contrôles, quinze secondes : K23 affiche 100, la diagonale se lit en carrés
parfaits, et H20 contient =$A20*H$13.
[CAPTURE 5] — La grille remplie, zone A13:F18, cellule D16 sélectionnée, barre de formule
visible. Cadrage sur cette zone et la barre de formule.
Cent résultats, une seule formule écrite, Alex.
À toi : l'atelier
Compte 90 minutes. Les quatre feuilles s'enchaînent dans l'ordre des onglets. Le corrigé existe : ouvre-le après, pas pendant.
Étape 1 — Lire les quatre états (12 minutes). Feuille Les 4 états. Clique dans B19, B24,
B29, B34 et lis chaque formule. Puis clique en D21, D26, D31, D36 et compare : qu'est-ce
qui a bougé, qu'est-ce qui est resté ? Écris ta réponse en colonne F, une phrase par bloc.
Étape 2 — La grille (20 minutes). Feuille Grille. Une formule en B14, recopiée dans les cent
cases. Une seule. Si tu dois en corriger une deuxième, c'est que la première était fausse : efface
tout et reprends par les deux questions. C'est plus rapide que de rattraper.
Étape 3 — Les contrôles de la grille (8 minutes). K23 = 100, la diagonale en carrés parfaits,
et trois cellules au hasard dont tu lis la formule : colonne restée A, ligne restée 13.
Étape 4 — Les commissions (15 minutes). Feuille Commissions. Même géométrie, autres données.
Écris les deux questions sur un papier avant de taper. Formule en B14, recopie sur les quarante
cases. Contrôle : F21 doit afficher 12 000.
Étape 5 — La grille de TVA (15 minutes). Feuille TVA, colonnes B à E, lignes 17 à 23. Attention
au décalage : les taux sont en ligne 16, pas 13, et les montants commencent en ligne 17.
Contrôle : B17 doit afficher 15,00.
Étape 6 — La colonne F, en absolu (10 minutes). La colonne F ne lit que B14. Écris la formule
en F17, recopie jusqu'en F23. Contrôle : F22 doit afficher 1 500,00. Si tu lis 1 250,00, ton
$B$14 a glissé.
Étape 7 — Nommer la cellule (12 minutes). Sélectionne B14, zone de nom, tape TauxTVA, Entrée.
Puis écris la colonne G avec ce nom et recopie-la jusqu'en G23. Les colonnes F et G doivent afficher
exactement les mêmes nombres : deux écritures, un seul résultat.
Étape 8 — Le contrôle final (8 minutes). Sur chaque feuille, clique dans la cellule la plus éloignée de celle où tu as écrit la formule, et lis-la. Ce qui devait rester est-il resté ?
Ce que tu dois avoir à la fin
Une grille de cent cases, une grille de commissions, une grille de TVA à quatre taux, deux colonnes TTC identiques dont une écrite avec un nom — et une seule formule écrite par grille. Ajoute la grille de calcul à double entrée à ton classeur de gestion : c'est la troisième pièce, après ta fiche de configuration et tes données mises sous forme de tableau.
Les pièges
Piège 1 — Le résultat est faux, mais les premières cases sont justes. Symptôme : les deux ou trois premières valeurs sont bonnes, la suite dérive, aucun message d'erreur. Cause : une référence relative qui aurait dû être figée. En haut à gauche, le décalage est de zéro ou un rang : le résultat est juste par coïncidence. Sortie de secours : ne valide jamais une recopie sur la première cellule. Regarde la plus éloignée, en bas à droite. C'est elle qui dit la vérité.
Piège 2 — Le $ posé partout, par prudence.
Symptôme : la colonne recopiée affiche le même nombre du haut en bas.
Cause : la première pression sur F4 donne l'absolu, et on s'arrête là.
Sortie de secours : reprends la question 2 — « vers le bas, est-ce que je veux que ça change ? » Si
la réponse est oui, retire le $ de la ligne.
Piège 3 — Le taux qui glisse vers une cellule vide. Symptôme : les montants TTC sont égaux aux montants HT, ou la commission affiche 0. Cause : la référence au taux n'était pas figée et est descendue sur une cellule vide. Excel lit le vide comme un zéro, donc il calcule sans broncher. Sortie de secours : c'est l'erreur silencieuse type. Un montant rond calculé de tête l'attrape : 1 250 × 1,2 doit faire 1 500. Pose ce genre de contrôle à côté de chaque grille.
Piège 4 — Figer la mauvaise moitié.
Symptôme : la grille se remplit, aucune erreur, mais la même ligne se répète, ou la même colonne.
Cause : A$1 écrit à la place de $A1, ou l'inverse.
Sortie de secours : retourne au tableau de la section 3. Une même ligne qui se répète vers le bas,
c'est A$1 ; une même colonne qui se répète vers la droite, c'est $A1. Le symptôme te dit lequel
tu as écrit ; tu sais donc lequel il fallait.
Critères de réussite
- [ ] Je décide quoi figer avant d'appuyer sur F4, en posant les deux questions.
- [ ] J'ai écrit une grille de cent cases avec une seule formule.
- [ ] Je sais lire une référence et dire ce qui bougera à la recopie.
- [ ] Je sais quand un
$est inutile, et je n'en mets plus par prudence. - [ ] J'ai nommé une cellule et écrit une formule qui utilise ce nom.
Si tu veux aller plus loin
-
Refais la grille de commissions à l'envers : les taux en colonne, les paliers en ligne. Les deux
$changent de place. C'est l'exercice qui prouve que tu as compris la géométrie, et pas retenu une formule par cœur. 10 minutes. -
Ouvre un ancien fichier à toi et cherche les
$A$1. Pour chacun, pose les deux questions. Tu vas en trouver plusieurs qui n'avaient aucune raison d'être là — et peut-être une ou deux qui auraient dû être figées et ne l'étaient pas. Tu risques d'être surpris.
Ce qu'on retient
- Quand on recopie une formule, ses références se déplacent. Le
$empêche le déplacement. - Le
$retient ce qui le suit :$Aretient la colonne,$14retient la ligne. - Deux questions avant tout : vers la droite, est-ce que je veux que ça change ? Et vers le bas ?
- Chaque « non » pose un
$. F4 ne sert qu'à taper le caractère plus vite. - Une grille à double entrée demande toujours deux références mixtes :
=$A14*B$13. - On fige la dimension dans laquelle la donnée est rangée, pas celle dans laquelle on recopie.
- Une cellule nommée n'a pas besoin de
$, et se relit à voix haute six mois plus tard. - Une recopie se vérifie sur la cellule la plus éloignée, jamais sur la première.
Et maintenant ?
Cette séance est offerte, et elle s'arrête ici — mais elle ne s'arrête pas au milieu, Alex. Tu as
la méthode entière, les trois cas de référence mixte, le classeur et son corrigé. Concrètement, tu
sais lire une référence et prédire son comportement, remplir une grille à double entrée sans
tâtonner, repérer un $ inutile et nommer un paramètre. C'est déjà plus que ce que maîtrisent
beaucoup de gens qui ouvrent Excel tous les jours depuis dix ans.
Ce qui manque encore, honnêtement : les douze formules qui répondent aux questions de gestion, la façon d'aller chercher une valeur dans un autre tableau, le nettoyage d'un fichier reçu par courriel, et le tableau croisé dynamique qui synthétise tout ça. C'est le contenu des 17 autres séances, et elles construisent toutes le même objet — un classeur de gestion qui marche, que tu remplis chaque mois. La suite logique est la fiche 05 : compter, additionner, conditionner.
Si tu t'arrêtes là, garde au moins les deux questions. Tu es maintenant celui qui sait les poser.
